Appel à communications. Colloque IMU 2020. L’urbain dans tous ses états : penser et faire la ville en pluralité

Depuis sa création en 2011, le LabEx Intelligences des Mondes Urbains (IMU) se positionne dans le champ de la recherche autour d’un « objet » – l’urbain généralisé – et d’une approche, la pluralité radicale. Ce colloque souhaite réinterroger cette posture et la confronter à d’autres expériences apparentées.

Par pluralité radicale, nous entendons une démarche visant à rassembler, autour des enjeux urbains, une grande variété de champs scientifiques – sciences expérimentales, sciences de l'ingénieur, sciences humaines et sociales, sciences de la conception, sciences de la communication et sciences informatiques – mobilisés autour de problématiques élaborées en commun entre chercheurs et acteurs de la ville. Ces collaborations sont en effet promues pour rendre compte, au mieux, de la complexité des situations environnementales, sociales, techniques dans les projets et la fabrique des mondes urbains.

Notre double pari de recherche a ainsi été de dépasser la pluridisciplinarité déjà à l’œuvre à l’intérieur des champs & d'élargir les mobilisations à une pluralité d'acteurs. Cette dernière est dès lors posée comme radicale en ce qu’elle entend croiser les questions théoriques portées par des acteurs académiques avec les questions plus opérationnelles des praticiens. Elle doit se traduire par de véritables contributions croisées, du montage de la problématique de recherche en amont jusqu’à l'élaboration des matériaux et à leurs traitements et analyses à l’aval.

Ce positionnement vise à insuffler une dynamique nouvelle dans le champ de la recherche urbaine française, en renouvelant problématiques et méthodes. Il est épistémologiquement plus ambitieux que les pratiques pluri- voire interdisciplinaires habituellement mises en œuvre depuis longtemps ; il vise une acculturation mutuelle des deux sphères « académiques » et « praticiennes », par interconnaissance symétrique des pratiques, des savoirs et des savoir-faire, par formulation aussi partagée que possible des enjeux et des problématiques. C'est par ce principe d'acculturation, progressive certes, qu'IMU a fait le choix de prendre en charge les enjeux contemporains de l'urbain. Il s’agit de promouvoir, dans cette perspective, des initiatives de recherche dont les résultats puissent faire sens à la fois en termes de connaissances et d’actions.

 

Le LabEx IMU invite aujourd’hui celles et ceux qui ont mené des expériences comparables dans le champ large de l'urbain à venir échanger autour de leurs résultats et démarches. L’objectif est de débattre des enjeux, qu’ils soient d’ordres pratiques, méthodologiques, théoriques ou épistémologiques, afin de capitaliser ensemble sur ces mises en oeuvre. Ce partage doit permettre de commencer de se doter, collectivement, des outils d’appréciation et de qualification de ces pratiques de recherche, tant en ce qui concerne leurs résultats que les difficultés inhérentes à leurs productions.

 

Quatre entrées thématiques transversales structureront le colloque. Elles permettront de partir de recherches sur l’urbain, effectivement menées en pluralité, ou selon des démarches apparentées, et d’alimenter les débats autour des questionnements qu’elles portent. Ce faisant, plusieurs niveaux problématiques apparaissent :

  • méthodologies des collaborations : comment s'y est-on pris ?
  • résultats et portées d'innovation : dans quelles mesures ces pratiques de recherche ont-elles participé d'un renouvellement des problématiques et des enjeux scientifiques, y compris internes aux disciplines mobilisées ; dans quelle mesure ont-elles contribué à faire évoluer les questionnements, les méthodes, les cultures opérationnelles ?
  • réflexivités sur les pratiques : quels verrous dans les dialogues intra-scientifiques, quels écarts par rapport aux statuts connus de l'expertise, quels enjeux épistémologiques autour de la connaissance et de l'action ?

 

Les  propositions  de communication pourront valoriser conjointement les réflexions théoriques et les approches plus empiriques de la pluralité mise en œuvre. Concernant l’urbain, les propositions s’inscriront dans au moins l’une des quatre entrées thématiques transversales suivantes :

Milieux et habitabilité des mondes urbains

Le champ thématique de l’habitabilité urbaine, enjeu scientifiquement transversal et largement partagé par les différents acteurs de l’urbain, est ainsi susceptible de fédérer, à toutes les échelles, des problématiques prenant en charge les questions écologiques, environnementales comme sociales, politiques ou d’aménagement. L'habitabilité des mondes urbains montre en effet assez, dans son actualité, l'impossibilité de continuer de les penser en mobilisant les visions dualistes héritées de notre modernité occidentale. Les couples nature/culture, objet/sujet, techniques/cultures,... et les épistémologies qui en ont permis la saisie sont aujourd’hui confrontés aux conditions de possibilité d’une intelligence intégrée de ce qui fait « milieu » urbain. En réarticulant autrement objets de « nature » et objets d'histoire, de politique, de culture ou de technique, dans leurs constructions d'objet de connaissance comme d'action, il est possible de produire une nouvelle intelligence de ces œkoumènes complexes, aujourd'hui fragilisés. Les relations étymologiques de l'oikos, entre saisies écologiques et saisies économiques, sont au cœur des problématiques de l'habitabilité contemporaine. Les sciences mobilisées autour des questions urbaines sont ainsi inévitablement celles d’études, en pluralité, des milieux.

A titre d'exemples, les propositions pourront aborder les problématiques de renouvellement urbain et durabilité, de « nature en ville » (trames  vertes et bleues, gestion des espaces végétalisés), de pollutions (qualité de l’air, îlots de chaleur, nuisances sonores…), de scénarios de projets d'aménagement (milieu désiré ou redouté au regard de risques et catastrophes), ...

 

Temps et rythmes de l’urbain

Cette thématique large renvoie à la saisie des problématiques contemporaines par la perspective historique, la méthodologie et les savoirs historiens afférents, mais aussi à la combinaison de temporalités multiples enchâssées dans les phénomènes urbains contemporains (temps biologiques et écologiques, sociaux, politiques, individuels, temps « instantané » du numérique, prospectives urbaines et planification). Le monde urbain, saisi à un instant t, est toujours le produit d’une évolution. Il donne à voir aussi un enchevêtrement de processus divers – processus physico-chimique dans l’atmosphère,  procédure d’élaboration d’un aménagement, transmission d’une donnée de capteur ou déplacement d’un individu par exemple – dont les temporalités multiples traduisent les contraintes propres. L’urbain actuel ne devient intelligible que par la compréhension fine de ces temporalités « processuelles » et par celle des rythmes et pulsations des changements.

Les propositions pourront aborder, par exemple, les thématiques suivantes : mobilités douces / nouvelles mobilités, Le chantier dans la ville, patrimonialisations passées et présentes, mais aussi variations atmosphériques et climatiques, planification et imprévisibilité, inerties/path dependency, archives et temporalités urbaines...

 

Intelligences sensibles des mondes urbains contemporains

Lorsque les recherches abordent les phénomènes urbains dans et par leurs réalités perceptibles, lorsque les observations et les analyses s’ancrent dans le in situ et le vécu, émergent inévitablement des questionnements sur la transformation des formes sensibles de l’urbain. Prendre en charge les problématiques qui interrogent le faire, les jeux d’acteurs, leurs pratiques et leurs sensibilités peut s’effectuer en mobilisant les disciplines classiques du projet urbain (design, architecture, urbanisme), mais aussi celles ne relevant pas de la sphère habituelle des études urbaines. Le champ de l’esthétique constitue à ce titre une des mises en œuvre contemporaines de l’urbanité (dispositifs relationnels et actions artistiques dans les espaces publics). Plus singulier, le champ de recherche sur les perceptions des espaces urbains, dans leurs saisies multisensorielles — sonore, olfactive, visuelle, kinesthésique — et en mobilisant la catégorie de « l’expérience », participe des approches pragmatistes que de nombreux chercheurs de la communauté mettent à l’épreuve de l’urbain. Mais elles renvoient également aux nouvelles démarches des sciences participatives et collaboratives. Ces différentes modalités mobilisent conjointement pratiques scientifiques et créativités artistiques, savoirs sensibles et savoirs profanes.

Les propositions pourront aborder, par exemple, les thématiques suivantes (liste non exhaustive) : nouvelles concertations, observatoires sensibles, politiques des ambiances urbaines , médiations scientifiques et paysagères, liens aux lieux / lieux et liens du sensible, création multimédia et projet urbain, appréhension « sciensible » de l’urbain, ...

 

Matériaux, sources, données : savoirs et savoir-faire

Les matériaux de la recherche urbaine mobilisent un très large spectre de sources et de ressources, résultats des productions scientifiques ou produites et collectées par des praticiens (observatoires), sans compter évidemment les données (data / open data) que les outils de la numérisation sont susceptibles de fournir à l’heure de l’avènement de la « ville intelligente ». Toutes ces informations se caractérisent par leur hétérogénéité, de statuts, de modalités méthodologiques de production, mais également d’obtention et d’(inter-)opérabilité. Un des enjeux des acteurs sur l'urbain, qu'ils soient scientifiques ou praticiens, réside dès lors dans la possibilité d’une intelligibilité systémique et croisée des différents matériaux, sources et données, que ces dernières soient entendues ou non au sens de "data".

Les propositions pourront aborder, par exemple, les thématiques suivantes (liste non exhaustive) : documenter les données urbaines, gisements de données, articulations données d’enquêtes « classiques » et données massives, données en contexte de pluridisciplinarité et de pluralité d’usages, citoyen.ne.s dans la « ville intelligente », ...

 

Explorer et mettre en perspective les résultats

Seront retenues les présentations proposant un exposé de résultats de recherche ­— en cours ou finalisés — mettant en perspective les enjeux méthodologiques et/ou théoriques voire épistémologiques de la démarche adoptée. En effet, ces pratiques interrogent ce que « faire science » veut dire, aux frontières des disciplines comme à celles des mondes académiques et non-académiques.

Comment des problèmes opérationnels peuvent-ils constituer des problématiques de recherche ? Comment constituer et partager des corpus de sources et de données hétérogènes par leurs protocoles d'obtention comme par leurs statuts ? Quelles traductions méthodologiques sont nécessaires et comment sont-elles rendues possibles ? Quels protocoles d’écriture peuvent être imaginés et pour quelles restitutions ? Comment maximiser l’appropriation des résultats et les savoir-faire opérationnels et académiques ? Comment penser les critères d’évaluation d’une recherche en pluralité radicale ? Quels ajustements adopter au regard des différents standards de scientificité ?

Enfin, nous faisons l'hypothèse que certains enjeux sont spécifiques à la pluralité radicale quand elle est mise en œuvre sur un urbain territorialisé et situé. Se pose dès lors plus spécifiquement la question de la territorialisation des connaissances, de son ancrage dans des réseaux d’interconnaissance et de son caractère localisé, comme des tensions entre cette dimension de la recherche et les nécessités de partage aux échelles autres, internationales en particulier.

Pistes de modalités de présentation

Les propositions de tous ordres quant à leurs modalités de présentation sont recevables. Si des propositions de communications « classiques » et de posters sont attendues, un certain nombre d’interventions sous d’autres formats peuvent parfaitement être envisagées et sont même particulièrement attendues dans la mesure où elles participent de la mise en œuvre de la pluralité. Les organisateurs.trices se réservent le droit de regrouper les présentations suivant leur thématique et leur format, notamment pour constituer des sessions cohérentes. Parmi les formats non conventionnels et expérimentaux, mentionnons :

- Présentations inversées : à plusieurs voix, présentation d’un projet où chaque communicant expose les apports d’un partenaire du projet (chercheur d’une autre discipline, partenaire non académique).

- Des recherches en process : mise en récit de la généalogie des projets, de leur déroulement, de l’incrémentation de recherches successives, de l’hybridation des questions entre acteurs.

- Mise en actes, en images : balades urbaines, ateliers participatifs, vidéos, ...

 

Dans tous les cas, le public sera constitué de chercheur.e.s et d’acteurs praticiens de disciplines et d’horizons variés : un effort de pédagogie, d’explicitation des concepts, des méthodes et des enjeux est indispensable.


Modalités de soumission

Langues du colloque :

français et anglais

 

Format des communications :

Temps de communication lors de la manifestation : 20 mn

Format plus long 60 mn pour les ateliers, balades ...   qui peuvent se dérouler en parallèle en début de matinée tôt ou début d’après-midi par exemple.

 

Dépôt des propositions de communications :

Elles devront être déposées avant le 31 mai 2019 sur colloqueimu2020.sciencesconf.org :

  • Pour les propositions de communications : maximum une page, avec titre, noms du ou des communicant.e.s, thématique.s proposée.s, affiliation universitaire, langue de la communication. Elles seront accompagnées (en annexe) d’une biographie de 10 lignes et d’une bibliographie indicative. Les noms des dossiers (sous format .doc) doivent apparaître ainsi : nom.prénom.doc
  • Pour les propositions de posters : maximum 10 lignes abordant le sujet du poster, nom du / des exposant.e.s, thématique.s proposée.s, affiliations universitaires. Elles seront accompagnées (en annexe) de courtes biographie et bibliographie. Les noms des dossiers (sous format .doc) doivent apparaître ainsi: nom.prénom.doc
  • Pour les propositions relevant d’autres format : maximum 10 lignes abordant le sujet de l’intervention, nom du / des exposant.e.s, affiliations universitaires, ainsi que des précisions d’ordre logistique (équipement nécessaire, nombre de participants, toute information utile). Elles seront accompagnées (en annexe) de courtes biographie et bibliographie. Les noms des dossiers (sous format .doc) doivent apparaître ainsi: nom.prénom.doc

 

 

 

 

 

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